J'ai pris mon temps en bandoulière
Je l' ai emmené prendre l'air
Un temps d'insolente énergie
Un temps subtil libre d'esprit.
L' oeil jeté sans sourciller
A l'heure tournant à mon poignet
Je l'ai vu transfiguré
Quand il s'est mis à deviser,
Sous les candélabres dorés :
"Quelle que soit la place où nous sommes
Il faut faire comme fait la pomme
Apprendre à se détacher
Pour qu'à temps la graine semer."
Temps d'arrêt, temps inspiré,
Un bon temps thésaurisé
Dont j'ai aimé le rire discret
Que l'onde soyeuse éclairait.
Je ne l'ai pas vu s'évaporer
Tout en ma tête scribouillait
Ô temps fugace d'éternité !
J'aurais pu lui courir après
Mais à quoi bon puisque l'on sait
Que temps perdu l'est à jamais.
A la seconde, dans la foulée,
Un autre temps est arrivé
De pluie cette fois.
Je l'ai salué comme il se doit
Puis nous avons pressé le pas,
Lui pluvieux et moi en joie
Sur le Pont Alexandre III .
Le temps que l'on n'oublie pas
N'est pas toujours celui qu'on croit.
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